Du droit de banalité féodal au pain artisanal : mémoire d'un symbole fort de la vie villageoise languedocienne.
Historiquement dans l'Hérault et le Bas-Languedoc, le four communal (autrefois appelé four banal sous l'Ancien Régime) représentait l'un des lieux de rassemblement les plus vitaux de la communauté villageoise. Dans nos villages, la cuisson du pain n'était pas une simple tâche domestique, mais une véritable cérémonie collective rythmée par le ramassage du fagot de garrigue et la montée en température de la voûte de pierre.
Construits en pierre de taille d'extraction locale (similaires aux pierres de la Halle couverte), les fours communaux disposaient d'une sole réfractaire capable de conserver la chaleur pendant de longues heures. Les familles s'y succédaient selon un tour d'attente bien défini, cuisant miches de campagne, fougasses à l'huile d'olive et grâtillons.
Aujourd'hui, les associations de sauvegarde du patrimoine de Sommières, Boisseron et des villages environnants organisent régulièrement des fêtes du pain. Ces événements remettent en chauffe ces vieux fours en pierre pour transmettre aux plus jeunes le savoir-faire de la boulangerie à l'ancienne.
Un feu de bois de chêne vert de la garrigue est allumé au centre de la sole jusqu'à ce que la voûte devienne blanche, signe de température optimale.
Le boulanger retire les cendres, nettoie la sole à la couenne mouillée, puis enfourne les bâtards et miches à l'aide d'une longue pelle en bois.
Une fois le pain défourné, la chaleur résiduelle est exploitée pour cuire les tartes, gratins et tielles du village.